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Hors de l'État, point de salut

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Contexte
« J'estime qu'il nous reste peut-être dix ou quinze ans si nous voulons faire un effort sérieux pour restaurer la langue française et, conséquemment, la sauver, sinon elle deviendra une sorte de patois dont nous aurons honte [...], une petite langue familiale et à saveur folklorique qui ne servira plus vraiment comme véhicule de pensée chez nous. »

Ces propos de Jean-Marc Léger, l'un des invités de la journaliste Judith Jasmin en décembre 1960, traduisent bien l'inquiétude qui anime alors la société québécoise francophone quant à l'avenir de sa langue maternelle.

Depuis le 19e siècle, le français, fortement influencé par l'anglais, fait l'objet d'une préoccupation croissante au sein de l'élite québécoise. Des associations consacrées à la promotion du bon parler français et à la défense des valeurs canadiennes-françaises sont créées, mais restent impuissantes à freiner la dégradation de la langue.

Il faut attendre 1960 et sa Révolution tranquille avant qu'une mobilisation politique et populaire sans précédent s'amorce autour de la question linguistique.

En 1960, le gouvernement libéral de Jean Lesage est élu au Québec. Les Québécois francophones veulent reprendre le contrôle de leur économie, dominée par les anglophones depuis deux siècles, réaffirmer leur identité et s'épanouir dans toutes les sphères de la société.

Pour cette nation minoritaire en Amérique du Nord, langue, culture et identité sont inextricablement liées. Dans cet esprit, le gouvernement Lesage crée le ministère des Affaires culturelles et l'Office de la langue française (OLF) le 24 mars 1961.
Le saviez-vous?
• Nombre de lettrés québécois réclament la création d'un office de la langue française dès 1937. Créé en 1961, l'OLF reçoit le mandat de promouvoir le français comme principale langue d'usage au Québec et d'en définir la norme.

• La norme du français parlé et écrit au Québec, publiée pour la première fois en 1965, affirme que « l'usage doit s'aligner sur le français international, tout en faisant sa place à l'expression des réalités [...] nord-américaines ».

• En 1960, un frère enseignant du Lac-Saint-Jean, Jean-Paul Desbiens, publie Les Insolences du frère Untel. L'essai suscite une forte polémique autour du joual et tient le système d'éducation responsable de ce cancer de la langue française. Remarquable succès de librairie, il participe de la prise de conscience collective sur l'état du fait français au Québec. Son auteur est l'un des instigateurs de la Révolution tranquille et contribue à la réforme de l'éducation.

• Victor Barbeau (1896-1994) est l'un des invités de Judith Jasmin. Journaliste, auteur, professeur et ardent défenseur du fait français, il est cofondateur de la Société des écrivains canadiens en 1937 et fondateur de l'Académie canadienne-française en 1944, devenue l'Académie des lettres du Québec en 1992.

• Gérard Dagenais (1913-1981), autre invité de Judith Jasmin, est journaliste, traducteur et éditeur, fervent militant d'un Québec français. On lui doit la réalisation de divers ouvrages sur le français écrit et parlé au Canada et la publication du premier roman de Gabrielle Roy en 1945, Bonheur d'occasion.

• Journaliste et diplomate, Jean-Marc Léger (1927-) est le premier directeur de l'Office de la langue française. Ses activités professionnelles en matière de défense et de promotion de la langue s'étendent à l'ensemble de la francophonie. Il fonde l'Agence universitaire de la francophonie en 1961 et participe à la création de l'Agence intergouvernementale de la francophonie en 1970.
Infos

Hors de l'État, point de salut

Média : Télévision

Émission : Premier Plan

Date de diffusion : 12 décembre 1960

Invité(s) : Victor Barbeau, Gérard Dagenais, Jean-Marc Léger

Ressource(s) : Judith Jasmin

Durée : 11 min 16 s

Dernière modification :
15 octobre 2008