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La dure école des sourds

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Contexte
Pour les enfants sourds, l'instruction se présente comme une véritable course d'obstacles. Ce reportage diffusé à Enjeux en 1995 illustre les difficultés auxquelles se heurtent les élèves sourds.

Contraints d'apprendre une langue qu'ils n'entendent pas, ces enfants sont l'otage d'un conflit entre deux écoles de pensée. Pour certains, les sourds doivent apprendre le français le plus tôt possible, puisqu'ils vivent dans une société francophone où ils seront intégrés. Pour d'autres, les enfants doivent d'abord maîtriser la langue des signes, leur « langue première » ou « langue naturelle », avant de pouvoir apprendre le français.

L'absence d'un consensus au sujet de l'instruction des sourds entraîne une confusion entre les méthodes pédagogiques. Le taux de réussite scolaire des sourds demeure donc dramatiquement faible, en dépit du mouvement d'intégration scolaire.

Des sourds se regroupent pour réclamer des écoles spéciales où les enfants auront accès à la langue gestuelle et à des professeurs sourds qui deviendront des modèles. Ils déplorent l'idéologie de l'intégration à tout prix. À l'école Gadbois, une école élémentaire spéciale de la commission scolaire de Montréal (CSDM), les élèves reçoivent un enseignement « bilingue » en langue des signes et en français.
Le saviez-vous?
• La première école spécialisée pour enfants sourds au Québec est fondée en 1848, à l'initiative de Mgr Bourget. Les clercs de Saint-Viateur se chargent de l'éducation des garçons sourds, tandis que les sœurs de la Providence administrent l'Institution des sourdes-muettes, ouverte en 1851.

• L'abbé Michel de l'Épée inaugure à Paris la première école pour enfants sourds, en 1760. Plutôt que s'évertuer à faire parler les jeunes sourds, l'abbé de l'Épée applique un enseignement fondé sur une langue signée et l'écriture.

• En 1880, à Milan, lors d'un congrès international des enseignants aux enfants sourds, une proposition visant l'abolition de l'usage des signes dans l'enseignement est adoptée. Cette décision est à l'origine du conflit entre les approches oralisée et gestuelle, qui perdure encore aujourd'hui.

• Au 19e siècle, dans les instituts de sourds de Montréal, l'enseignement est fondé sur la langue des signes Toutefois, sous l'influence des tendances éducatives en Europe et aux États-Unis, les religieux délaissent la gestuelle pour privilégier des méthodes orales (lecture labiale). En 1880, les élèves se voient interdire de communiquer entre eux par gestes.

• En 1984, l'Institut des sourds-muets change de nom pour celui d'institut Raymond-Dewar, en hommage à un militant sourd. Enseignant, Raymond Dewar collabore au premier dictionnaire de langue des signes québécoise (LSQ). Porte-parole de la « communauté sourde », il s'adresse en langue des signes au ministre lors de la conférence socioéconomique sur l'intégration des personnes handicapées en 1981, un geste politique symbolique.

• En 1982, Raymond Dewar adapte la pièce Les Enfants du silence en LSQ et monte sur les planches. Le 27 octobre 1983, la veille de la première montréalaise, il meurt accidentellement, à l'âge de 31 ans.
Infos

La dure école des sourds

Média : Télévision

Émission : Enjeux

Date de diffusion : 9 octobre 1995

Invité(s) : Jules Desrosiers, Lise Lacerte, Ginette Lalonde, Pauline Lazure

Ressource(s) : Pierre Nadeau, Madeleine Roy

Durée : 15 min 03 s

Dernière modification :
22 novembre 2005