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Madame au foyer ou à l'usine

Date de diffusion : 20 janvier 1966

Dans les années 1950 et 1960, seules des garderies non subventionnées, et à peine réglementées, s'ouvrent au Québec. Les mères au travail doivent souvent recourir à l'aide d'une parente ou d'une voisine pour faire garder leurs enfants. Avec la Révolution tranquille, un plus grand nombre de femmes mariées se retrouvent sur le marché du travail. Elles revendiquent alors des garderies publiques et gratuites.

Dans cette émission consacrée au travail des mères de famille, Jeanne Sauvé aborde la question des services de garde. La journaliste Paule Sainte-Marie visite une garderie privée et sonde l'opinion publique à l'égard du travail féminin.

Les ancêtres des garderies actuelles s'ouvrent au Québec dans les années 1850 sous le nom de « salles d'asile ». Le terme « asile » renvoie alors au sens lointain du mot, qui signifie accueil, refuge. Implantées à Montréal sur le modèle français par un sulpicien, Benjamin Victor Rousselot, les salles d'asile sont gérées par les sœurs Grises. Chaque jour, les religieuses accueillent gratuitement des centaines de bambins âgés de 3 à 7 ans. Les salles d'asile ferment graduellement leurs portes entre 1902 et 1920.

Le besoin de faire garder ses enfants à l'extérieur est créé par l'industrialisation : en ville, les familles ouvrières ne peuvent pas compter sur le réseau d'entraide traditionnel qui a cours dans les campagnes. De plus, les maigres salaires contraignent les femmes à travailler en usine pour assurer la survie du ménage. Les enfants sont souvent laissés seuls sans surveillance, ce qui les rend vulnérables aux accidents.

Jusqu'à une date récente, les garderies sont perçues comme des œuvres d'assistance pour les familles démunies. La garde des enfants est considérée comme une responsabilité exclusivement féminine, et l'État estime n'avoir aucun rôle à jouer dans ce domaine.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, les mères de famille sont embauchées dans les usines d'armement, en raison de la pénurie de main-d'œuvre. Le gouvernement fédéral met alors sur pied des garderies pour les enfants dont la mère est engagée dans un travail reconnu comme essentiel à « l'effort de guerre ».

En Ontario, 28 garderies sont créées en vertu de ce programme fédéral-provincial, alors qu'au Québec six garderies s'ouvrent, dont deux seulement sont destinées aux francophones. L'Église catholique voit en effet d'un très mauvais œil cette mesure considérée comme une intrusion du gouvernement dans les affaires de la famille.

Madame au foyer ou à l'usine

• Selon les chiffres colligés par l'historienne Micheline Dumont, plus de 60 000 enfants d'âge préscolaire ont fréquenté les salles d'asile des sœurs Grises à Montréal entre 1858 et 1922.

• À la salle Saint-Henri, deux religieuses s'occupent quotidiennement des 400 premiers arrivants. La demande est si importante que les sœurs doivent constamment refuser des enfants.

• La doyenne des garderies anglophones au Canada s'ouvre à Montréal en 1887 : il s'agit de la Montreal Day Nursery, qui existe encore de nos jours. Subventionnée par des organismes de charité, la garderie est reconnue comme institution d'assistance publique à partir de 1922 et reçoit des subsides de la part du gouvernement provincial.

• Une chanson populaire, sur l'air de Marianne s'en va-t-au moulin, dénonce le travail des mères de famille pendant la guerre en ces termes :

« Madame arrive tard le soir / Et les enfants battent le trottoir
Et c'est là qu'ils s'élèvent / Quand c'n'est pas là qu'ils crèvent.
Il nous en fait de beaux chérubins / Le travail féminin! »

Madame au foyer ou à l'usine

Média : Télévision

Émission : Deux millions de femmes

Date de diffusion : 20 janvier 1966

Invité(s) : Ménie Grégoire, Thérèse Phénix, Geneviève Texier

Ressource(s) : Paule Sainte-Marie, Jeanne Sauvé

Durée : 21 min 04 s

Dernière modification :
18 janvier 2007


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